Marubashi-Club, Techniques
Sommes-nous des guerriers ou des artistes ? Nous avons longuement réfléchi à ce que voulait dire « art martial ».  Est-ce que l’aïkido est un art martial, un art de self défense ou un sport de combat ?
Menu
Accueil
Dojo
Stages
Techniques
Déséquilibre et/ou destabilisation
Déséquilibre et/ou destabilisation
Déséquilibre et/ou destabilisation
Aïkido et ostéopathie
Travailler sans force, compte-rendu du stage de M. Endo
Techniques de maître, techniques d'élève
Techniques de l'inconnu(e), techniques inconnues
Entre-technique
Échauffement (II)
Échauffement (I)
Homonymes en aïkido
Rapport entre les mains et les pieds
Aïkido et écoute tissulaire
Cours du mercredi
Artiste ou guerrier ?
Projections et immobilisations
Un pratiquant, plusieurs arts martiaux
Un pratiquant, plusieurs arts martiaux
Un pratiquant, plusieurs arts martiaux
Un pratiquant, plusieurs arts martiaux
Grades
Multimédia
Nouveaux textes techniques
Deux nouveaux textes de Philippe

Aïkido : art martial Sommes-nous des guerriers ou des artistes ? Nous avons longuement réfléchi à ce que voulait dire « art martial ». Est-ce que l’aïkido est un art martial, un art de self défense ou un sport de combat ? Nous éliminons rapidement le terme de sport de combat car, dans notre pratique, il n’y a que des entraînements. La compétition, telle que le sport en général nous le propose – à savoir, deux pratiquants se faisant face, le respect de règles, l’obéissance à un juge, la déclaration d’un vainqueur – n’existe pas dans notre discipline. Nous pourrions parler de self défense, mais pas dans les termes que le langage populaire admet. Il s’agit bien de self défense, mais nous employons ici le mot self à notre endroit et non pas pour se défendre contre autrui. Il s’agit de nous défendre contre nos propres peurs, angoisses et fantasmes. Nous aimons bien employer ce terme pour expliquer à nos élèves que notre art ne vise pas à se défendre de l’agresseur, mais à trouver comment se défendre avec des moyens humains en respectant autrui, contre notre volonté animale de prouver une quelconque supériorité inutile. Nous sommes arrivé à employer ce terme d’art martial pour construire notre propre recherche. En effet, au début, le côté martial prédomine car nous voulons réussir la « technique » que notre professeur nous montre. Nous voulons voir chuter ou réagir notre partenaire comme nous avons vu celui de notre professeur le faire. Ce côté martial est aujourd’hui, pour nous, le ciment qui va construire notre pratique et sur laquelle nous allons nous appuyer pour développer notre recherche. Et ceci, à chaque fois que nous montons sur le tapis. Par côté martial nous entendons : « être capable de résister à la douleur, être capable de donner un « atemi » en se rapprochant le plus de ce dont nous rêvons, être capable, comme nous l’avons déjà dit, d’accepter tout et même l’impensable de tous nos partenaires. Quand nous rencontrons un partenaire pour la première fois, il y a ce petit moment où l’angoisse de : « est ce que je vais être capable de bien le faire travailler, ou ne va-t-il pas être trop fort ou trop brutal ? » arrive en nous. Donc il nous faut à chaque fois repasser par ce côté martial qui, par la suite, nous permettra d’asseoir notre côté artistique. En effet, en utilisant le côté martial de notre art nous déployons une grande énergie et cela nous use aussi bien physiquement que mentalement. Il nous faut passer de l’autre côté ; à savoir le côté artistique, qui, pour nous, ne peut fonctionner que si le côté martial est arrivé à son paroxysme. Nous voulons dire par là que, quelque soit notre partenaire, quels que soient les mouvements demandés par notre professeur, quelle que soit notre condition, notre envie, il nous faut atteindre ce point au-delà duquel nous ne pouvons plus être lucide. Il nous faut amener le corps à être capable de savoir et de répondre sans que le cérébral contrôle les émotions. Lorsque nous avons construit notre corps à telle ou telle technique, la fatigue arrivant, le côté artistique est ce moyen qui, pour nous, nous permet de passer ce cap et de pouvoir aller plus loin dans la recherche. À cet instant, comme nous sommes vide de réactions démesurées, notre corps à besoin de développer son ouverture et le côté artistique nous aide à cela. Par côté artistique nous entendons apprendre à respirer, apprendre à relâcher le corps, apprendre à accepter « l’inacceptable de notre partenaire ». Pour nous le côté artistique nous permet de donner au corps la possibilité d’intégrer les « techniques » que le côté martial a construites. Cette ambivalence entre les deux côtés est un parallèle avec tout ce qui nous construit. Droite / gauche, devant / derrière, haut / bas, dedans / dehors, omote / ura, Tori / Uke, thérapeute / patient. Nous devons à chaque fois passer d’un système à l’autre. Parfois nous ne savons pas exactement de quel côté nous sommes et c’est pour cela qu’il nous faut régulièrement revenir aux fondamentaux pour vérifier où nous en sommes. Est-ce que le côté martial s’exprime plus quand nous sommes en forme et inversement, quand un état de fatigue est là, le côté artistique prédomine-t-il ? Pour nous, il est important de placer le côté martial au début de chaque rencontre avec tous nos différents partenaires. La martialité n’est pas un moyen d’écraser l’autre mais de mettre en place notre technique. Ce côté martial est aussi un moyen de permettre à uke de développer son côté martial. Nous avons remarqué plusieurs fois que nous nous mettions souvent au rythme de celui qui partageait notre pratique. Si l’autre est mou nous devenons mou. Si l’autre est un peu « agressif » nous essayons de l’imiter. Mais attention, cela se passe aussi dans l’autre sens ; si nous, nous, sommes mou, l’autre va le devenir et si nous sommes agressif, l’autre va le ressentir. Il y a souvent un phénomène osmotique entre les deux partenaires. Un des bienfaits de notre art est d’arriver à harmoniser les deux partenaires sur le système dans lequel ils vont travailler. Si l’un des deux travaille dans un système martial et l’autre dans un système artistique, les deux seront fatalement frustrés. C’est pour cela que l’harmonie, ce n’est pas seulement : réaliser les techniques ensemble mais aussi : être dans les mêmes systèmes. Pour cela nous préconisons une grande sensibilité au niveau de nos cinq sens. Être à l’écoute de l’autre, être capable de ressentir sur le premier contact le désir de l’autre, accepter son système et, si notre niveau technique nous le permet, l’amener sans le violenter, sans le frustrer, à entrer dans le système que nous désirons. Être à l’écoute de l’autre ce n’est pas seulement : faire ce que l’on ressent des capacités de l’autre mais cela peut être aussi : pousser l’autre au-delà de ses limites mais sans jamais le traumatiser. Il nous est arrivé plusieurs fois quand nous démontrions une technique au milieu des élèves, que notre partenaire se soit senti mis en immense difficulté par notre travail. Après le cours, plusieurs partenaires sont venus nous demander si nous étions en colère contre eux parce qu’ils avaient eu la sensation d’un manque de respect. Chaque fois nous fûmes surpris car pour nous, ces actions étaient sciemment faites devant leurs élèves ou amis uniquement pour les mettre en valeur ou pour démontrer aux autres que deux  « hauts gradés » pouvaient de temps en temps se mettre un peu à l’épreuve. Cela nous a enseigné aussi que ce que nous croyons juste n’est pas forcément juste pour l’autre. Il est donc fréquent que nous n’arrivions pas à nous mettre dans le même système ; nous pensons être dans le système que l’autre attendait, alors qu’en fait il est, lui, dans le système opposé, d’où ces réflexions, ces incompréhensions : manque de respect, « est ce que je t’ai fait quelque chose ? » En aïkido nous sommes continuellement dans la recherche et, à chaque étape franchie, il arrive aussitôt une autre réflexion qui nous entraine souvent dans un univers auquel nous n’avions pas pensé. C’est aussi cela pour nous le côté martial : il ne faut jamais rire de ce que fait un autre pratiquant car nous ne savons pas sur quelle route et dans quel système il se trouve. Un jour, nous serons peut-être en train de faire comme lui. Il nous est arrivé aussi cette réflexion : en français nous disons art martial et en anglais et dans d’autres langues, le mot martial est placé devant le mot art : martial art. Cela nous a amené à réfléchir sur la force des mots. Est-ce que, en français, en disant art martial, notre inconscient nous fait mettre le côté artistique prédominant par rapport au côté martial ; est-ce que dans les pays où le mot martial est placé devant le mot art, le côté « bagarre » prédomine. Au Japon, nous avons souvent entendu dire par des maîtres en aïkido que les français étaient arrogants et avaient un aïkido esthétique. Nous ressentions dans ces paroles une certaine critique envers le travail « français ». Pour nous, il est légitime que chacun d’entre nous ait une vision et une perception différente de la traduction d’art martial. On peut avoir envie d’être plus martial qu’artiste, ou inversement. Et, parfois, ce qui est martial pour l’un est seulement artistique pour l’autre. Nous évoluons tout au long de notre pratique et nous passons sûrement toujours d’un système à l’autre. Ce qu’il ne faut jamais oublier : l’autre a raison et c’est à nous de nous adapter pour qu’un jour il accepte de suivre le même chemin que nous. En conclusion, être artiste ou guerrier n’est pas très important ; il suffit de savoir de quel côté nous sommes et accepter que l’autre ne soit pas forcément dans le même système que nous. Cela s’appelle aussi : AÏKIDO, accepter la différence. Philippe Gouttard 6 août 2009

Techniques