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Déplacements : moteurs de l’aïkido Se déplacer, être libre voilà ce à quoi tout être humain aspire durant toute sa vie. Il a besoin de découvrir le monde dans lequel il vit et d’aller aussi à la rencontre des autres pour pouvoir comprendre où il se trouve et pourquoi est il là. Les déplacements sont l’essence même de notre vie, sans le mouvement nous ne sommes rien. Dans notre art, nous gérons et contrôlons notre technique par rapport aux déplacements et aux positions que nous donnons à notre corps. Les déplacements sont pour nous une suite de placements. On se déplace, on fait un déplacement, on fait des placements qui mis les uns à la suite des autres forment un déplacement. Un déplacement est une suite de placements qui mis les uns à la suite des autres font un déplacement. Ce mauvais jeu de mots nous a permis de comprendre que pour pouvoir bien se déplacer il faut être capable de pouvoir contrôler nos déplacements et de pouvoir s’arrêter à chaque instant. En aïkido, nous travaillons toujours sur les déplacements mais très souvent, nous sommes arrêtés, car soit par notre faute ou celle de notre partenaire nous nous trouvons bloqués. Et c’est tout le propre de notre pratique de trouver comment laisser le corps évoluer et ne pas le mettre dans des situations qui l’empêchent de le laisser libre. Pour nous, l’essence même du déplacement en aïkido est régi par un seul principe qui veut que dans le budo japonais on ne recule jamais. Il faut nous expliquer ici ce que « ne jamais reculer » veut dire. Nous devons toujours aller de l’avant. Pour un non initié devant un danger : attaque, agression, le premier réflexe est de reculer ou de se refermer pour se protéger. C’est une réaction tout à fait normale mais c’est le contraire que l’aïkido nous enseigne : il nous faut apprendre à ne pas reculer, à aller au cœur du danger et à y aller le plus ouvert possible pour peut-être l’étouffer avant qu’il ne soit trop tard. Les déplacements que notre corps effectue sont liés à son architecture spécifique : les articulations et les forces des muscles nous obligent à aller en avant et à s’élever. Nos coudes et les muscles de nos bras tirent notre buste vers l’avant et nos genoux et nos cuisses nous propulsent vers l’avant et vers le haut. Toute notre volonté nous pousse à aller en avant. L’aïkido nous apprend à utiliser à bon escient notre corps. La première technique que notre professeur nous a enseignée fut le taï sabaki. Si nous traduisons littéralement ce mot en français cela veut dire « bouger le corps ». Mais dans le contexte aïkido il s’exprime par une autre expression japonaise à savoir irimi tenkan. Ces deux mots traduits veulent dire : iru : entrer, mi : le corps tenkan : pivot. Pour effectuer cet irimi, il nous faut effectuer un pas. Ce pas peut être fait soit en avançant la jambe arrière soit en effectuant un pas glissé pour maintenir la jambe avant, toujours devant. Quand nous répétons ce déplacement seul, sans partenaire devant nous, ce pas, nous le faisons le plus rectiligne possible. Quand nous avons un partenaire en face il est bien évident que ce pas doit être aussi rectiligne que possible mais en sortant de la ligne pour ne pas être touché par le partenaire. Par contre le tenkan, lui, doit être toujours de 180° quel que soit l’irimi fait auparavant. Pour effectuer un tenkan de 180°, seul le regard peut nous dire si notre pivot est juste. Nous sommes capable à chaque instant de savoir si notre corps pivote par rapport à un angle de 90° ou par rapport à un de ses multiples ; 180°, 270° …. Il est donc indispensable, lorsque nous effectuons ce taï sabaki (cet irimi tenkan) de garder la tête droite et le regard porté vers le haut. Au début, pour le pratiquant qui est naturellement capable de faire ce déplacement sans hésiter, le fait d’être pieds nus, dans un environnement inconnu le met alors mal à l’aise par pudeur, timidité ou peur de ne pas y arriver ; il baisse les yeux pour regarder où il met les pieds. Marcher, bouger avec des chaussures n’est pas exactement la même chose que de marcher pieds nus. Sans irimi pas de tenkan. Ceci pour nous est une des règles fondamentales de notre art. Dans tous les autres arts martiaux la notion d’irimi existe : en judo, aller au contact pour saisir le kimono ; en karaté, irimi existe si l’on veut marquer un point. En revanche la notion de tenkan est propre à l’aïkido, seul cet art le pratique. En aïkido avec irimi nous allons au cœur du problème et le tenkan nous permet par le pivot de contrôler la force du partenaire. Ce déplacement irimi tenkan est l’essence même de notre pratique. Il existe dans toutes les techniques de notre art. Ce déplacement est effectué soit par tori soit par uke. Mais, si dans une technique il n’y est pas, ce n’est pas pour nous une technique qui se réfère uniquement à l’aïkido. Très souvent, pour ne pas dire toujours on emploie ces termes : techniques de bases, termes qui pourraient être compris ou traduits par « techniques pour débutants ». Mais pour nous, nous préférons les traduire par techniques de jambes, techniques de déplacements ce qui est la base de notre art. C’est sur le déplacement que nous construisons notre avenir en aïkido. Irimi, maitre mot de l’aïkido, aller vers l’avant et non pas détruire le partenaire par une action directe qui n’utiliserait pas le tenkan. Il est impératif, pour que notre art soit compris, d’utiliser toujours ces deux déplacements dans le même tempo à savoir qu’avant chaque tenkan il doit y avoir irimi. Quand nous enseignons, nous répétons souvent qu’une fois effectué le tenkan, uke qui se trouve au départ de l’action devant tori, ne doit plus avoir tori dans son champ visuel. La position de départ en aïkido met l’accent sur la direction des pieds. Lorsque nous marchons, nos pieds ne sont pas exactement sur deux lignes parfaitement parallèles mais légèrement tournés vers l’extérieur. A l’arrêt, au départ, nous prenons une position qui demande un écart entre les pieds plus grand que celui que nous avons quand nous marchons de façon naturelle. Cet écart nous demande, pour maintenir l’équilibre d’avoir une ouverture de pieds plus importante. Il faut être très vigilant à ce que les genoux restent sur la ligne du gros orteil. Il arrive fréquemment que, par faiblesse musculaire et manque de perception, ce même genou soit décentré par rapport au gros orteil. Ce placement est la base, la technique de base de notre art. Par base nous entendons : fondements de notre corps, les pieds, les chevilles, les jambes, les genoux sont les moteurs de notre corps et si la base est tordue alors le reste du corps n’aura pas de liberté et les blessures vont arriver un jour ou l’autre. En aïkido nous parlons sans arrêt d’harmonie. Nous avons aussi longuement réfléchi à ce qu’harmonie veut dire. Nous sommes certains qu’être en harmonie avec un partenaire inconnu est une notion stupide. On ne peut pas comprendre tout de suite ce que nous ignorons. En revanche si nous nous sommes clairs dans nos pensées et que nous arrivons à les traduire parfaitement avec nos gestes alors nous serons en harmonie avec nous même et c’est déjà pas mal d’arriver à cela. C’est pourquoi quand nous effectuons ce taï sabaki il est indispensable que les mains travaillent avec la même force que les pieds, avec les mêmes intentions. Quand nos pieds sont à l’arrêt, nos mains sont au dessus et quand nous nous déplaçons, nos mains vivent comme le font nos pieds, ce que le débutant à beaucoup de mal à intégrer ; soit il ne bouge pas du tout les bras, soit ses bras sont deux chiffons mous sans aucun contrôle. Dans les deux cas on voit la difficulté d’harmoniser le haut et le bas. Et bien, le taï sabaki est un bon moyen pour faire prendre conscience de ce phénomène. Les pieds bougent comme les mains. Il faut se concentrer sur les parties en harmonie du corps : pieds – mains, genoux – coudes, hanches – épaules, et la tête, elle, est le garant de la rectitude et de la justesse des techniques. Irimi tenkan, ces deux mots sont employés sans arrêt en aïkido ; chaque professeur les emploie à chaque cours mais, dans la vie ils sont exécutés tous les jours, chaque fois que deux personnes se rencontrent et qu’elles décident de faire un bout de chemin ensemble. Les deux personnes ont fait toutes les deux irimi pour se dire bonjour, se saluer, se serrer la main et l’un des deux doit faire un pivot pour aller ensemble dans la même direction. Aller vers l’avant, saluer l’inconnu sans préjugé et dire bonjour même à celui que l’on n’aime pas voilà ce que le taï sabaki nous a apporté dans la vie. Rien que pour ces petites choses nous sommes content d’avoir rencontré l’aïkido. Philippe Gouttard 7 février 2012 |
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