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Stage de M. Endo, septembre 2008. Nous avons passé un nouveau cap avec la venue de M. Endo. Nous avons eu une pratique qui sort de l’ordinaire par le côté inhabituel des techniques et le discours que ce Maitre nous a proposé. Nous avons travaillé sur le mental plutôt que le côté physique. Nous avons au début du stage ressenti le fait de passer de la position assise en seiza à la position debout en essayant de trouver ce calme intérieur qui devrait nous donner une liberté de mouvements et une vision plus périphérique. Puis, avec un partenaire qui faisait Shomen uchi il fallait nous lever sans crainte et en étant le plus possible en relation avec lui. Ne pas le perdre du regard. Quand nous employons le mot « regard » ce ne sont pas les yeux qui doivent fixer le partenaire mais toute une vision d’ensemble qui permet de voir le partenaire dans son ensemble et tout ce qui se trouve à sa périphérie. Puis nous avons travaillé ces exercices de contacts où uke essaye de déstabiliser Tori en le poussant à l’épaule, sur les hanches, au niveau des omoplates, puis pour terminer Tori enveloppant les poings de uke. L’intérêt de ces exercices n’étant pas de mettre l’autre dans l’impossibilité mais de réagir à la moindre sollicitation même la plus infime. Ce sont pour nous des exercices d’une très grande technologie et technicité. Nous avons pour ces exercices-là, et nous nous en excusons auprès des débutants que nous avons volontairement ignorés, choisi des « uke » qui nous paraissaient de très haut niveau pour mettre en application ce que M Endo nous disait. Ce concept : « sans force » est le secret pour nous aujourd’hui d’une pratique qui doit donner du plaisir à l’autre sans que les deux partenaires se retrouvent frustrés par l’autre. Que veut dire sans force ? Quand un Maître nous dit : « il ne faut pas utiliser la force » que comprenons- nous ? Et est-ce qu’un gradé met le même sens qu’un débutant dans des deux mots ?Pour nous il faut utiliser toute la force que nous avons en nous. Mais comme au début, nous manquons de technique, de ressenti, nous mettons, là où peu de force suffirait, là où seul le relâchement musculaire serait nécessaire, une force supérieure à celle qui, normalement, pour réaliser cet exercice, devrait être utilisée. Pour travailler sans force, il nous en faut énormément mais pour chaque partenaire, dans chaque situation, nous devons en utiliser le minimum. Le minimum devant nous donner la sensation de travailler sur tout le corps et non pas dans les bras qui sont le siège de la force au début de notre pratique. Le rôle du partenaire est très très important car c’est lui qui doit doser la résistance en fonction du vécu, de l’expérience et surtout du physique de son partenaire. Comment faire pour que l’autre fasse son mouvement avec le maximum d’« efficacité » et le minimum de force pour pouvoir durer plus longtemps. Il nous parait important que le « sans force » physique passe par le « sans force » au niveau cérébral, qui pourrait être traduit par : accepter que l’autre puisse faire sa technique pour qu’ensuite il nous laisse faire la nôtre. Prenons comme exemple ushiro ryote dori. Uke vient saisir nos poignets que nous lui tendons vers l’arrière. Il nous semble logique que cette saisie doit être aisée pour lui si nous voulons comprendre ce principe. Puis en essayant de trouver un compromis entre relâchement et force, comment arriver à mobiliser uke pour qu’il accepte de suivre sans mettre sa saisie dans l’impossibilité. Si la saisie est impossible, il utilisera trop de force pour saisir et non pas pour essayer de nous contrôler. En revanche, si la saisie de uke est trop, forte ou raide, nous ne pourrons pas exécuter les différents mouvements qui vont permettre à notre corps sous la contrainte de trouver le sens intime de ce concept qui est : « sans force ». Comment, en utilisant ce concept, arrivons-nous à ne faire qu’un avec l’autre ? Comment arriver à mobiliser l’autre sans qu’il se sente bloqué et en lui donnant la sensation qu’il dirige sa technique et non pas la réussit car l’autre le laisse faire et travaille sans force ? Sans force pour nous ne veut pas dire sans volonté, mais cette volonté doit être une volonté de construction et non pas une volonté de contrôle et de restriction.Pour arriver à un très haut degré de perception, il faut répéter ces exercices longtemps, longtemps fatiguer le corps pour que seul le relâchement musculaire permette à l’autre de s’exprimer « sans force ». Prenons l’exemple d’une coupe de champagne et d’un bock de bière de 3 litres. Rien qu’en les voyant, nous savons quelle puissance, quelle force utiliser pour lever ces verres sans les briser ou louper la cible. Nous utilisons la force maximum nécessaire pour lever le verre de bière et la même force maximum nécessaire mais à un degré moindre pour lever la coupe de champagne. L’expérience nous donne la solution. Il en est de même en aïkido ; au début nous nous épuisons en mettant trop de force physique et trop de volonté à vouloir faire bien. Il est pour nous aujourd’hui important de ne plus faire bien mais de juste faire. L’obligation de résultat nous « met la pression ». Dans notre art, nous avons la possibilité de refaire tout le temps le même exercice, ce qui implique que nous ne sommes jamais satisfaits et qu’un mouvement bien réussi ouvre la porte à un exercice qui nous demande encore trop de force et trop de volonté pour le réussir. Pour nous aujourd’hui, une technique de base que nous maitrisons est une technique qui répond à ce postulat : « travailler sans force ». Nous réalisons cette technique sans nous demander si elle est belle, efficace. Nous la réalisons. Et notre mental, au lieu de penser à réaliser cette technique, doit également être sans force ; ainsi pourra-t-il ressentir comment nous sommes et permettre à nos cinq sens de se développer. Pour travailler sans force, il faut accepter au début de ne pas en avoir assez, puis, à un certain moment, remercier cette force qui nous aide à réussir cette technique et, une fois arrivés au stade de la maitrise, cette force tend à disparaitre car nous savons. Nous savons que cette technique, nous l’avons déjà réalisée des milliers de fois et que, une fois de plus réussie ou une fois de plus pas assez bien réussie, cela ne nous touche plus. Nous sommes toujours débutant quand nous faisons une technique inconnue avec tout ce que cela implique : volonté de réussir. Plus nous sommes gradés et plus l’obligation de réussir est importante. Quand nous sommes débutant, l’obligation de réussir est moindre. Donc plus nous sommes gradés, plus il nous est difficile de faire des techniques inconnues non pas parce qu’elles sont inconnues mais parce que nous ne voulons plus redevenir débutant. Devant nos pairs, il est très dur de ne pas rester à notre niveau. Nous avons donc pris pour devise : « avoir un corps de gradé et un esprit de débutant ». Oh, nous savons, nous ne sommes pas le seul à le dire mais nous avions envie de le souligner. Et, pour rester attentif à ce problème et « atteindre la perfection », il nous semble extrêmement important de rester élève et accepter que l’autre ait compris des choses qui nous sont étrangères. Et être sans force, c’est être à l’écoute de l’autre et ne pas penser être meilleur. Nous sommes seulement différents. Accepter ces différences pour accepter de ne pas être seuls. Un dojo est un endroit où plein d’élèves ayant raison échangent leurs informations. S’ils travaillent avec : « trop » : force, raideur ou volonté, ils bloquent la discussion et l’échange. Philippe Gouttard le 7 novembre 2008 |
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